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Zeal & Ardor : « L’identité des musiques noires est en train de changer, on veut aussi être le reflet de cette métamorphose. »

Par Nicolas Mollé le 11/05/2018 - Dernière mise à jour : 15/05/2018

Zeal & Ardor :

Des groupes comme Zeal & Ardor, il en survient un tous les dix ans. Le programmateur Jean-Louis Brossard ne s’y est pas trompé, lui qui les a programmés à la dernière édition des Trans Musicales de Rennes. La formation menée par le suisso-américain Manuel Gagneux renverse la table où étaient posés sagement metal, gospel et blues. Et redresse une nappe aux motifs luxuriants, pleine de ferveur, de rage et de tension amère. Après une série de concerts pied au plancher entre les deux rives de l’Atlantique, le groupe vient de créer l’évènement au Printemps de Bourges ou à Audincourt. Et devrait constituer un des évènements du Hellfest à Clisson le 24 juin 2018, des Eurockéennes de Belfort le 8 juillet 2018 ou de Musilac à Aix-les-Bains le 12 juillet 2018.

 

 

Concertlive : Que s’est il passé pour vous entre le premier album de Zeal & Ardor « Devil is fine » et ce deuxième disque « Stranger Fruit » qui va voir le jour le 8 juin 2018 ?

Manuel Cagneux : On a fait beaucoup de concerts, les médias se sont incroyablement intéressés à ce que nous faisions, je trouve. On a eu le plaisir de jouer sur des scènes, au sein de festivals que nous n’aurions normalement pas pu nous permettre. C’était vraiment une année incroyable. Et puis il a fallu aussi composer de nouvelles chansons et les enregistrer. En fait, je ne peux pas vraiment conceptualiser tout cela car beaucoup, beaucoup de choses sont arrivées. Vraiment énormément.

 

 

Concertlive : Vous allez jouer aux Eurockéennes de Belfort et au Hellfest cet été, dans un cas au sein d’un festival proche de la Suisse et dans l’autre dans un festival metal de référence. Laquelle de ces deux dates est la plus importante pour vous ?

Manuel Cagneux : Honnêtement, les deux comptent autant. Bien sûr, cela va représenter quelque chose de jouer devant le public metal du Hellfest. Mais concernant les Eurockéennes, c’est aussi un défi conséquent, quelque chose qui va constituer un moteur important. Se produire devant un public très éclectique, qui ne nous sera pas acquis, on va devoir le mériter.

 

 

Concertlive : Qu’est ce qui différencie principalement votre nouvel album du précédent ?

Manuel Cagneux : Je crois que sur le premier album, il y avait davantage d’ambiances très similaires les unes aux autres. Ce disque, c’était d’avantage une seule grande émotion. Pour le deuxième, il y a eu plus de travail en studio, je l’ai co-produit avec Zebo Adam. En termes de son, on a franchi une étape importante. Au fond, je crois que je peux considérer ce disque comme mon premier véritable album, le précédent était plus à mon sens un essai qu’autre chose.

 

 

Concertlive : Comment avez vous obtenu ces atmosphères très proches du gospel ? Quels groupes vous ont influencé ?

Manuel Cagneux : Plein de groupes très différents m’ont influencé à cet égard. Mais je crois que ce qui a été déterminant, cela a été le travail d’Alan Lomax. Cet ethnomusicologue s’est penché sur les chants de travailleurs des plantations et de prisonniers du sud des Etats-Unis.

 

Concertlive : C’est cette musique des noirs du sud qui a influencé le blues mais pas tellement le gospel…

Manuel Cagneux : C’est vrai et d’ailleurs concernant le gospel, d’autres influences m’ont marqué.

 

Concertlive : Il y a aussi l’électronique, sur un titre comme « The Fool« , on croirait presque entendre du Autechre. Est-ce que vous êtes inspiré par la musique électronique ou la techno ?

Manuel Cagneux : J’aime la musique électronique de Brian Eno. J’apprécie aussi énormément quelqu’un comme Wendy Carlos.

 

Concertlive : Cet artiste qui a enregistré la BO « perdue » de « Shining » ?

Manuel Cagneux : Oui d’ailleurs j’adore le rapport qu’entretenait Stanley Kubrick à la musique dans ses films. Je joue aussi du piano même si je suis conscient que cet instrument peut très vite tomber dans le cliché dans un contexte metal.

 

 

Concertlive : Lorsqu’on entend « Don’t you dare » en session Couleurs 3, ce titre est très direct et abrasif et ressemble plus à « We can’t be found » qu’à sa version studio. Est-ce un choix délibéré pour être en phase avec le public metal ou une difficulté à reproduire sur scène les subtilités du studio ? 

Manuel Cagneux : Si on prétend donner un concert digne de ce nom, il faut être capable donner une version plus énergique de sa musique.

 

 

Concertlive : Connaissez vous le groupe Algiers d’Atlanta ?

Manuel Cagneux : Je les ai découverts l’an dernier. Cela m’a un peu effrayé. Parce que d’une part ils sont vraiment bons. Et d’une autre ce qu’on fait se ressemble pas mal d’une certaine façon.

 

Concertlive : Je suis persuadé que c’est un hasard, l’émergence de votre musique est surtout une question de génération, elle résulte de synthèses et de croisements qui n’étaient pas possibles auparavant. Mais ce qui peut vous différencier, c’est que vous explorez plus, en tant qu’artiste, des thématiques occultes. 

Manuel Cagneux : Algiers sont davantage les héritiers du post-punk et de la mouvance industrielle c’est vrai.

 

Concertlive : Est-ce que ces thèmes « hérétiques », qui prennent le contre-pied d’un modèle et d’une philosophie dominantes sont centraux chez vous ou simplement le fait de quelques chansons ?  

Manuel Cagneux : Zeal & Ador, c’est une synthèse de deux traditions qui ne se croisaient pas avant. Tant musicalement qu’au niveau des textes. L’identité des musiques noires est en train de changer, on veut aussi être le reflet de cette métamorphose.

 

 

Tournée française fin 2018 :
  • 09/12/2018 Lille – l’Aéronef
  • 11/12/2018 Le Havre – Le Tetris
  • 12/12/2018 Paris – La Cigale
  • 13/12/2018 Strasbourg – La Laiterie

 

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